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 Livre II : La vita d'Aristote (Panégyrique )

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Gedeon
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MessageSujet: Livre II : La vita d'Aristote (Panégyrique )   Mer 22 Aoû - 11:41

Des évènements extraordinaires, moi, Collagène de Mégare, aide de camp dans l’Armée d’Alexandre, je puis affirmer que j’en fus témoin si souvent durant trente ans de campagnes militaires que bien peu de choses m’étonnent, ç’est bien pourquoi la bleusaille me surnomme le Diogène des phalanges.
Mais quand notre jeune prince décida de partir en quête des ruines de la Citée mythique d’Oanylone sur les seuls conseils de ce vieux fou de philosophe simplement parce que ce dernier l’avait vu en songe, j’étouffais un cri d’effroi, caché derrière une colonne avec Callisthène, neveu du sage qui lui même se prit, d’étonnement les orteils dans les franges d’un tapis persan murmurant « j’aurai ta peau Darius ! » …Tout était dit.
C’est ainsi que nous partîmes, quarante mille soldats à la poursuite d’un songe un matin de printemps, tendus comme un arc vers l’orient.

L’Hellespont franchi, Alexandre, nourri des récits d’Homère dont Aristote lui avait farci l’esprit, partit sur le champ se recueillir dans les ruines de Troie.
Le soleil couchant allumait ses ors sur les vestiges moussus de gigantesques remparts et une étrange quiétude pénétrait les lieux.
Tandis que le prince cherchait dans l’ombre des stèles saillantes d’Ilion la Grande une trace du héros qui berça son enfance, littéralement sur les talons d’Achille, le philosophe accompagné de son neveu et moi-même fûmes attirés par une mélopée étouffée brisant le silence.
Dans un cercle de pierres, quelques humains se tenaient dressés comme des roches levées,
pétrifiés par la Pythie dont le chant défiait la raison. A notre approche, le prêtre interprète sembla s’éveiller d’un songe puis nous accueillit en ces termes : « étrangers, depuis des jours, l’oracle nous annonce votre venue, formulez la question qui vous tourmente et Dieu, par la bouche d’Oenoné daignera nous éclairer »
puis il tendit à l’oracle de l’eau et des feuilles de laurier à mâcher.
Les participants portaient tous, au cou la même amulette faite de trois métaux

Ce fût un Aristote troublé qui alors prît la parole : quel est le but ultime de ma quête ?

Oenoné, dans le crépuscule reprit son chant fou et hyper-aigu « entre en transe entre anses denses, danse en transcendance »
que dit-elle ? s’enquit Callisthène. Rien, elle s’échauffe
Mais peu à peu l’énigmatique logorrhée devint intelligible :
« trois, deux, un, retrouvez l’origine
Troane, est atteint, troisième demeure des fils
sont près de Daisane les enfants du premier
enfin, là ou gît le premier né Oane,
sois l’élu qui sera le héraut du Très-Haut »
l’inter-prêtre hocha la tête longuement observa Aristote avec un effarement empreint de déférence puis il traduit :
Ton périple commence ici en Troanne, la troisième Cité des fils d’Oane, Plus loin vers l’orient cherche Daisane, là, se trouve la seconde clé du voyage dont le dessein, plus à l’est encore, est Oanylone cité du premier humain au regard de Dieu lors tu deviendras le messager divin.
La nuit fût passée à se perdre en conjectures sur l’énigmatique message et l’identité de cet Oane qui avait imprégné jusqu’à la construction de la plupart des langages du monde connu.
Les étranges adeptes rencontrés aux ruines ne nous quittaient plus et s’abandonnaient en prières autour de notre campement.
Ces révélations nous remuaient encore le lendemain, lorsque, réglant quelques affaires courantes nous affrontions Arsitès, le général Perse.
L’issue de cette guerre de représailles bascula à notre avantage quand Aristote suggéra au prince d’attendre pour l’assaut final que le soleil fût dans notre dos. Les Perses, éblouis par le soleil qui se trouvait désormais en face d'eux, distinguant mal leurs adversaires, perdirent l'avantage de la position. Dès lors, les Macédoniens, forçant la ligne triomphaient.
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Gedeon
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MessageSujet: Re: Livre II : La vita d'Aristote (Panégyrique )   Mer 22 Aoû - 11:42

De l'âme

Aristote en ces temps, logeait à Athènes et avait installé son quartier général à l’Académie de la bière, une auberge située dans la Plakathon, en plein cœur du quartier égyptien (ç’était le cantonnement réservé aux étudiants, aux fêtards et noctambules qu’on surnommait les gypsies)
C’est lors d’une de ces nuits spécialement agitée qu’il fît une découverte qui secoua tout le milieu intellectuel de la citée durant une bonne semaine.
Au milieu des clameurs habituelles dans la chaude moiteur de la taverne, rompant les « c’est à boire, à boire …qu’il nous faut, hips » proférés par un Paulodaure fin pété, son compère Mimilas monté sur une table interpella l’assemblée

Mimilas : «éclaires-nous donc, Maître, sur ce qu’est notre âme »

Alors le sage Aristote s’adressa à ses compagnons en ces termes

Aristote : « Mes amis, il y a deux sortes d’âmes.
Tout être vivant possède une âme que je nommerais anima en ce qu’elle est la puissance qui l’anime, mise en œuvre dans la formation de l’être vers sa forme achevée. Etant le principe d’organisation du corps vivant l’anima est inséparable de celui-ci. »

Mimilas : « on pourrait donc nommé anima, le schéma de fonctionnement de la fourmi rouge ouvrière, par exemple, mais quelle serait l’autre sorte d’âme ?»

Aristote : « en effet (et je te rappelle que la fourmi ouvrière rouge est dite prolétaire), à contrario, l’animus, l’âme pensante, possède un statut privilégié et il semble bien que ce soit là un genre d'âme tout différent, et que seul il puisse être séparé du corps, comme l'éternel du corruptible.»

Mimilas : «alors, étant éternel, l’animus serait donc conçu à la ressemblance de Dieu ? »

Aristote : « exactement, c’est l’anima qui fait que Paulodaure, rentré de son champ de maïs, au lieu de prendre à droite vers son logis, Bobona et les gosses choisit à gauche vers la taverne pour se torcher à la boulasse avec les potes puis peu à peu rongé par l’embonpoint, le remord et la cirrhose donne à Paulodaure cet aspect adipeux, congestionné au seuil de la vieillesse.
Par contre ç’est l’animus de Paulodaure qui arrivera pur et intact (car ayant peu servi) aux portes du Paradis dans l’attente de son introduction …et là, devant cette chose informe qui possédait son accomplissement en puissance, mais qui, laissée en friche est à classer sur la même étagère que le bulbe de la mouette rieuse, qu’adviendra-il ?"

Alors un grand silence se fît, qui contamina le dernier étage de l’Académie (là ou les chambrées d’ordinaire, vibraient) interrompant tous les coïts puis l’air devint électrique.
l’animus de chacun eût droit à sa minute de reflexion, songeant à son salut.
Mimilas se gratta la tête puis il dit consterné "je craint bien que le saint videur ne lui refuse l'entrée !"
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Gedeon
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MessageSujet: Re: Livre II : La vita d'Aristote (Panégyrique )   Mer 22 Aoû - 11:43

De l'étant en tant qu'étant

Fendant la foule médusée, s’avança alors l’adversaire le plus redoutable de tous les combattants de l’esprit : Cratyle, le Philosophe Muet.
Il avait battu jadis le célèbre Héraclite sur son propre terrain car lorsque celui-ci avait donné son argument décisif selon lequel
« on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve »
Cratyle avait dit :
« on ne peut même pas le faire une seule fois et nul ne peut énoncer aucune vérité sur ce qui change partout et en tout sens c’est pourquoi, à compter de ce jour jamais plus je ne m’exprimerai par les mots et sur aucune chose»

Suivi de son entraîneur, Cratyle s’épongea le front s’installa face au prophète et se conformant à sa légende il commença à remuer le doigt en tous sens signifiant par là
« je ne puis rien dire d’intelligible sur ce monde en perpétuel changement »
administrant à son adversaire un redoutable direct du pouce.
Une grande rumeur agita l’assistance qui avait apprécié l’efficacité de l’assaut

Mais le Péripatéticien, toujours très mobile savait esquiver, protégeant sa garde il répliqua :
« c’est en regardant le monde et non en se détournant de celui-ci que l’on trouve la vérité, ne voir que le mouvement est ignorer la substance première c’est-à-dire l’étant qui se maintient quelque soit le changement »

Cratyle, déstabilisé se demandait bien ou son rival voulait en venir et commençait à ressentir des tensions métacarpiennes, il dressa le majeur, repliant les autres doigts

Le prophète, profitant de son avantage, enchaina :
«si nous reprenons l’exemple de Paulodaure, dont le corps ravagé par ses séjours prolongés en taverne est plus souvent observable à quatre pattes donc à la ressemblance du quadrupède voire rampant tel un reptile, chacun s’accorde à dire qu’il est bipède : c’est sa forme, sa substance première même si elle n’est que virtuelle (en puissance et non en acte) »

Cratyle comprenait trop bien, suant d’angoisse, pour se rafraîchir, il agita sa main en éventail

Aristote reprit « ainsi et de même, si bon nombre d’êtres humains subissent des altérations tamagoshistes ou bisounoursesques ils restent néanmoins et malgré les apparences des êtres pensants »
puis le sage porta le coup ultime « toi-même le philosophe Muet qui n’émet aucun son, nous savons tous ici même que la cause finale qui détermine ton être, le moteur du monde, t’a donné la forme d’une vrai pipelette en vérité. C’est ton étant en tant qu’étant et sur lequel tu ne puis rien changer car la Parole est le cadeau que le Très-Haut fît à l’espèce humaine»

L’estocade finale avait mis l’adversaire K.O. : son pouce retomba inerte vers le sol, rendant ce geste à la postérité comme signifiant « le combat est perdu »
alors la foule en liesse porta le prophète vainqueur en triomphe (soulageant ainsi ses jambes qu'il avait faibles, dit-on)
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Gedeon
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MessageSujet: Re: Livre II : La vita d'Aristote (Panégyrique )   Mer 22 Aoû - 11:43

Le lendemain, tandis que le Péripatéticien avait repris ses exercices quotidiens et préparait un discours sur 400 mètres, Xénocrate « le lourdingue » vint le trouver .
Ce même Xénocrate connu pour ses aphorismes tels que « le cerveau a des capacités tellement étonnantes qu'aujourd'hui pratiquement tout le monde en à un » ou bien «l’alcool rend l’eau potable» ou encore « une tonne pèse au moins cent kilos surtout si elle est lourde », s’adressa au prophète en ces termes :
« le maître a fort apprécié ta performance face à Cratyle, il souhaite que tu le rejoignes au Q.G. afin de te féliciter»
Une convocation de Platon ne s’évite ni ne se diffère ! murmura le prophète dans un sourire.

Au gymnase, comme à l’accoutumée bourdonnait une nuée de disciples autour du grand maître Platon himself, l’enveloppant de sa gluante et canine sollicitude. Celui-ci d’un sourcil levé, soudain imposa le silence.
Alors, se leva Platon au large front : 1 mètre quatre vingt treize, 95 Kg, bouffi d’orgueil. Il prit Aristote par le bras en une clé parfaitement verrouillée et entreprit la plus illustre joute oratoire de tous les temps.

Premier round – Platon au service : de la copie des idées

Platon : « le Cratyle a du doigté, si je puis dire et sa harangue est juste en apparence car les êtres en constant devenir qui courent vers leur destruction méritent à peine le nom d’êtres.
Jeune, j’étais timide et pourvu d’une voix grêle tonitrua le géant extraverti, alors si je ne peux répondre à la question qui suis-je de façon permanente ? ne dois-je pas me poser aussi la question suis-je ? n’est-il pas mes bons amis ? »
« assurément » entonna en chœur antique tout le fan club réuni.

Platon :« toutefois, quand une chose change, il faut bien en elle quelque chose qui demeure, sinon elle ne changerait pas, elle serait radicalement autre, pas vrai les p’tits gars ? »
« à qui le dites vous ! mon bon Maître » susurra la compagnie des lécheurs de sandales

Xénocrate : «ben ouais, si ce n’est toi ç’est donc ton frère, mais si çà s’rait toi ton frère, ta belle-sœur serait ta femme et tes enfants leurs propres cousins … ça le fait pas !» dit Xénocrate se grattant la tête.

Platon : « et si on lui remettait sa muselière, les gars, plutôt que lui jeter des cacahuètes comme des malsains ?»
« tu l’as dit bouffi » clamèrent les affidés suceurs platoniques

Platon : «j’ajouterais que quand on observe ces êtres changeants on découvre qu’ils reproduisent dans la même espèce des caractères constants qui se transmettent d’individu à individu, transcendant les générations et qui sont des copies de modèles universels, immuables, éternels que je nommerai idées. Assurément dans mille sept cent ans, je vous promets nombre de Xénocrates dans la population humaine destinés à divertir leurs contemporains »
« un peu, mon neveu ! » ricanèrent les béats en extase

Platon : « Du reste, n’avons nous pas toujours une conscience vague de ces archétypes, de ces idées, parce que notre âme qui a existé avant nous et passera dans d’autres corps après nous les a aperçu dans un autre monde ? »
« dans le mille Emile! » gloussèrent les vautrés aux pieds du Magister

Platon : « Ainsi, voilà pourquoi tous les vivants ont par nature l’intuition de cette ressemblance qui leur fait reconnaître tout ce qui est de même genre et qui fait que l’escargot, malgré la difficulté ne sélectionne pas la limace pour copuler, sans parler du choix du porc-épic ! »
les disciples sans voix se roulèrent en boule dans le transport du ravissement.

Platon : «compagnons, chacun de vous connaît le mythe de la dissidence : le jeune provincial initié aux arts de la Cité devient le meilleur élève alors, accompli, il mordille les doigts qu’il a léché. Je te laisse la parole, Aristote !»
Aristote : «Dieu m’est témoin que j’aime la main de Platon, mais j’aime plus encore sucer la vérité» répliqua le prophète.
L’auditoire retenait son souffle et tous les organismes fonctionnaient en apnée

( à suivre… : l’essence des choses est dans les choses mêmes)
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